Soirée avant-première du festival : « une expérience avec le temps »

En elle, la clameur du présent ; par elle, les multiples formes du temps. La musique, « art du temps », pourrait bien être l’art par excellence de la simultanéité. Cette hypothèse traverse le festival de l’Ircam et anime l’installation de Daniele Ghisi, An experiment with time, inspirée du livre de John William Dunne. Ingénieur en aéronautique, philosophe passionné de pêche à la mouche sèche, John Dunne écrit en 1927, l’année de Sein und Zeit de Heidegger, une expérience avec le temps. Son livre fait coexister passé et futur, rêves prémonitoires et rêves qui ne se réfèrent ni au souvenir ni à l’anticipation.

Le jeune compositeur et mathématicien italien Daniele Ghisi s’embarque dans cette curieuse machine à dilater le temps. Comment échapper à l’idée ou à l’illusion d’un flux temporel irréversible ? Par le biais d’Alias projetés sur les écrans et de bases de données électroniques, cette installation emboîte plusieurs cycles différents – une journée, un an, une vie, considérée elle-même comme polyrythmie. En avant-première du festival ManiFeste, le philosophe Elie During et Daniele Ghisi invitent à faire une expérience avec le temps.

Elie During, philosophe et grand connaisseur de la poésie sonore comme de l’art contemporain est « fasciné » par le projet « Expérience avec le temps ». Il va d’ailleurs bientôt publier Temps flottants aux éditions Bayard, réflexion aux frontières de la philosophie, du cinéma et de l’art comme de la vie quotidienne, pour donner une toute autre image de notre expérience contemporaine du temps où il nous faut apprendre à organiser cette attention dispersée, à naviguer dans cet espace-temps fait de simultanéités et de coexistences, à faire l’expérience d’un présent épais et multicouches. À « flotter » en somme.

Les commentaires sont fermés.



    À découvrir aussi